Ma peur hurlera

Une pensée.
Qui vient.
Et revient.
Et mon regard je détourne.
Je focalise mon attention sur le beau.
Au bout de dix fois elle me demande si elle peut s’exprimer avant de s’en aller.
Et je lui dis d’accord, vas-y, tu en meurs d’envie.
Et pendant qu’elle parle à travers mes lèvres
Je ressens l’angoisse envahir ma plèvre.
Je la regarde en colère :
– Madame la Peur, je t’avais dit que je ne voulais plus de toi dans ma vie !
– Oui mais tu dois absolument m’écouter car j’ai des craintes très importantes à te donner !

Et elle me prend toute ma parole, tout mon corps, toute mon âme.
Maintenant mon cœur est serré.
J’ai envie de vomir la Dame.
Et ça gangrène chacun de mes membres bandés.

Ma vie défile sous mes yeux englués.

Je lui demande d’arrêter de parler :
– Regarde le beau, le merveilleux, le factuel ! L’instant présent !
Je suis avec ma petite sœur que j’aime, je discute plaisamment avec elle.
Et toi tu arrives avec tes gros sabots de dentelle.
Je ne veux plus entendre tes histoires et tes tourments.

Tu ne m’as jamais aidée
Le pire tu ne m’as jamais évité
Madame la Peur, tu n’étais pas là
Quand la brûlure de mon âme j’ai vécu ici bas.

– Oui mais j’étais là quand… et tu vois j’avais raison parce que…
– Tais-toi.

Tais-toi parce que quand tu t’imprimes dans chacune de mes cellules, dans chacun de mes os
Tu prends les commandes de mon âme, tu prends les commandes de mon corps en lambeaux.

Tu es une envahisseuse, ma Peur
Les attitudes tu as, pour attirer le malheur
Tu pues la mort, ma Peur
Les vautours se déploient sur toi et sur moi avant l’heure.

Tu me peines et je saigne
Et les requins sont attirés par la baigne
C’est toi, ma Dame la Peur, qui me baise et attise les braises.
Tu souffles sur le feu de mes brûlures
Pensant les prévenir dis-tu, pour qu’on ne me pressure.
Mais l’eau seule peut éteindre un volcan
Dans les bras chaleureux d’un amant.

J’ai fait tomber les murs
Escaladé les fours
Parce que mon âme est pure.
Et elle souhaite l’amour.

Tremper mes pieds nus dans le clair d’un ruisseau
Plonger mon corps nu dans la vague flirtant
Offrir nu mon visage de cascades en étangs
Inonder nue de torrents la forêt et le grau.

J’ai rêvé de toi l’autre nuit
Tu avais envahi mon tipi
J’ai pris un pistolet
Tournait mal le barillet.

Je t’ai pourtant fait face.

Et j’ai tiré, tiré, tiré
Tiré en plein cœur
Et le sang de tes heurts
Coulait de mes lèvres fermées.

Voilà Madame la Peur.
Tu es un fantôme à présent.
Une réminiscence qui hurle pour ne pas disparaître en chantant.
Je vais te laisser hurler, ma Peur.

Hurler à la lune.

Et quand le jour se lèvera,
Tu ne seras plus là.

 

Illustration : inconnu
Source illustration : piccsy.com