Tant qu’il y a de l’espoir, il y a de la vie

Hier je discutais avec une sophrologue également en 3e année de psychologie, et qui a une cinquantaine d’années.
Elle me disait : « C’est super que tu fasses tout ce travail sur toi à ton âge, tu gagnes du temps, cela va tellement te servir. Moi j’ai du attendre de me dire que je n’en pouvais plus et que si je continuais dans cette voix, j’allais mourir. Donc bravo à toi ! »
Et j’entends tellement cela, de la part d’amis principalement trentenaires, quarantenaires, cinquantenaires, qui font ce travail. Mais aussi de la part de tous les thérapeutes que j’ai choisis comme guide pour m’éduquer et m’élever dans l’école de « devenir qui je suis ». Ces encouragements me touchent en profondeur, ils sont du baume au cœur. Ils me confirment dans ce cheminement personnel, et je choisis d’y aller chaque matin de ma vie.

Mais je ne mérite pas d’honneurs ou de médaille.

Car moi aussi je me suis dit cela, que je n’en pouvais plus, et que si l’on continuait à me forcer dans cette voie j’allais mourir. Je dis « on » car j’avais 11 ans, et j’étais tributaire de mes parents et des mes professeurs.

 

Cette crise est juste venue plus tôt.

Le point de départ était la souffrance. Et le développement personnel était la réponse que j’ai trouvée pour survivre, et quelques années plus tard pour choisir de vivre.
Il y a eu entre temps plusieurs étapes et électrochocs.

Je me suis promis à ce moment-là de ne jamais oublier ce que cela faisait d’être un enfant et d’être ainsi par définition privée d’autonomie. J’avais la sensation brûlante et criante de ne pouvoir diriger mon libre-arbitre comme je l’entendais, de me taper contre des murs. Je ressentais des émotions très fortes, et très violentes. J’avais lu dans un roman un enfant qui s’était créé une bulle, et j’avais trouvé cette idée brillante, alors je me suis créé ma bulle.

Mais j’ai mis quinze ans à trouver les ingrédients pour y mettre du bien-être et de la douceur.

Je me suis promis un jour de réaliser quelque chose pour les enfants en transition vers l’âge adulte. Alors ça pourrait être cela, leur proposer des outils pour se créer leur jolie bulle à eux. C’est l’intention que je donne dans mes cours de fitness depuis que je crée Loovida.

Donc à ce moment-là, ma bulle était une bulle coupée du monde, je la remplissais de vide, de plein de morceaux de rien, d’anesthésie.

 

J’avais arrêté de communiquer avec le monde.

Pendant plus d’un an j’ai refusé de parler, et je ressens encore les mains de ma maman désespérée me secouant comme un palmier pour que je parle, et je ressens encore les larmes couler car je ne savais plus comment même balbutier. Trop de pensées m’envahissaient, dix mille à la fois, trop de violences, et mon cœur grondait comme un volcan prêt à exploser, il voulait tellement dire quelque chose, mais mes lèvres restaient closes.

Je me sentais trahie par le monde entier, par elle qui disait m’aimer mais que je voyais comme un ennemi me crier dessus et me trucider le cœur, par mon père qui m’avait donné une chiquenaude en me disant que c’est comme cela que l’on écrase une vermine, avant de m’en redonner une sur la cuisse en disant « et toc ! ».

Laissant place à ce silence lourd et chargé me volant toute parole durant presque deux ans.

 

Le monde entier quand j’avais onze ans, comprenait aussi mes professeurs et Dieu.

Mes professeures étaient des bonnes sœurs, et je les admirais, c’était mes guides de savoir, elles représentaient à mes yeux, la connaissance, la bonté, l’amour de Dieu, la paix dans le monde, et la beauté.

La première m’a trahie quelques jours avant mon père, elle m’avait donné le premier rôle à jouer dans une comédie-opérette de deux heures. On jouait au théâtre de la ville avec ses fauteuils rouges et sa scène qui me paraissait gigantesque. Excitée par ce challenge, j’avais appris la pièce par cœur durant les quinze jours de vacances, et au retour, elle m’a remplacée sans me tenir au courant. Et elle a refusé de me dire pourquoi quand j’ai enfin osé aller la voir.
« Rosalie c’est comme ça ! », m’a-t-elle dit les yeux exaspérés et levés au ciel.
Ciel qui m’est tombé sur la tête.
Je devais vraiment être quelqu’un d’horrible pour que je reçoive la sentence sans procès.

La deuxième m’a trahie par le latin.
Dans cette école, les mauvais élèves avaient moins de 15 de moyenne. Tout était rigide, cadré, soumis à une discipline de fer, et visait l’excellence. Moi ça m’allait car j’adore ce qui est structuré, à part l’uniforme qui me brimait dans mes envies de mode, de pantalon patte d’eph’ rose fuchsia avec un cœur brodé en fil d’argent. Mais ça c’était avant.
A ce moment-là je n’avais presque plus envie de rien. Sauf d’avenir et d’espagnol. Si je vivais, je voulais une carrière internationale.

Je ne parlais pas sauf pour réciter mes cours entre deux pleurs, et j’avais demandé à ma professeure de latin, de me donner la référence d’un ou deux livres pour apprendre l’espagnol chez moi. Elle m’avait promis cela en échange de devenir une des meilleures de la classe en latin, j’ai réussis, alors elle a monté la barre plus haut et ne m’a jamais donné les références.
J’ai effacé cela de ma mémoire, comme tant de rêves et d’espoirs.

J’en ai voulu à Dieu, à mon éducation toute entière qui reposait sur la religion et ses préceptes. Je croyais que Dieu était amour, que les bonnes sœurs étaient ses messagers, et le message que j’ai reçu me brisait.

J’ai brisé Dieu de mon cœur, j’ai rompu avec lui et le deuil fut douloureux au point d’avoir envie de vomir en voyant au loin des églises.

 

Création d’un nouveau moi

J’avais un rituel chaque jour à 16h40.
Je montais dans la voiture de maman, j’ouvrais pour la première fois la bouche devant elle depuis 24h et je disais en regardant la route « je veux changer d’école ». Puis je m’enfilais cinq brioches.
Ma voix a enfin été écoutée au bout d’un an. J’ai changé d’école, coupé mes cheveux, dévalisé jennyfer pour créer un look qui a été le début d’un autre chapitre, le harcèlement scolaire et sexuel.

J’étais fan d’Erin Brockovich, elle se battait dans un cabinet d’avocat contre une multinationale qui polluait les eaux, faisant des malades et des morts. Je la trouvais puissante et inspirante. Dans le film, elle était incarnée par Julia Roberts, et pour lui ressembler je lui avais copié le henné cuivré, les jurons, les talons aiguilles et les décolletés.

Mince je n’avais pas pris le bon modèle.

Je ne savais pas qu’à 14 ans ça ne se faisait pas. De toute façon, je n’ai jamais su faire ce qui se faisait. C’était soit trop, soit pas assez. Comme mes frères et sœurs, j’ai beaucoup appris les codes et les règles à mes dépends.

Ce texte même en est la preuve, est-ce trop ? Puis-je le publier ? Cela va t’il me poser un problème, un préjudice, maintenant ou plus tard ? J’ai quand même plus de 30 % de relations professionnelles sur mon Facebook où je l’ai initialement publié. À ces questions, j’y réponds depuis six mois par : j’ai envie de le publier, alors je le fais.

En six mois on ne m’a jamais proposé autant de partenariats, et de contrats qui correspondent exactement à ce que je souhaite.
Alors, peut-être est-ce un hasard que le perso et le pro réussissent à cohabiter ensemble. Je n’ai pas compris tous les rouages, et peut-être que l’orage se prépare. Mais au moins, j’aurai été intègre, « authentique », et pleinement consciente dans mes envies présentes de communiquer.

J’ai la conviction intime d’être responsable de mes actes et de mes paroles, et si l’orage vient, il passera. Et comme je me suis responsabilisée, je saurai comment reconstruire ma maison.

Et c’est l’un des messages que je souhaite transmettre aujourd’hui. Être soi, s’accepter dans ses forces et ses faiblesses, est une libération puissante, et permet un épanouissement personnel intense.

 

Demander de l’aide

Entre onze et treize ans, mon monde s’est effondré par des « petits riens ». J’avais tellement honte d’avoir envie de mourir alors que « tout allait bien ». « Mes parents ne m’aiment pas » était le ressenti profond mais ne se verbalisait que par les crises d’angoisse que j’étouffais en essayant de m’étouffer. Mes parents n’étaient pas divorcés. Ils me payaient de belles écoles, je mangeais à ma faim et je n’avais pas vécu les drames dans les livres de psychologie que je dévorais pour comprendre mes instincts de mort.
Je n’avais pas le droit d’aller mal.

Qu’aurais-je pu dire à un psy ? À onze ans les mots ne sont pas là.

J’ai attendu de vivre des histoires personnelles considérées comme dramatiques dans la société, pour m’affirmer dans mon mal-être et demander de l’aide. Moi je trouve que je ne fais pas ce travail sur moi-même tôt, je l’ai commencé tard. J’aurai souhaité ne pas vivre ce que j’ai vécu après. Et en même temps je l’accueille et l’accepte. C’est mon chemin personnel, et je l’aime.

 

Mon guide intérieur

Ce que j’accueille et accepte aussi aujourd’hui, c’est l’idée que l’on peut développer une spiritualité laïque, basée sur des données scientifiques, et surtout mue par le feu qui brûle en son cœur, que je considère comme un guide intérieur.

C’est lui que je choisis d’écouter, c’est lui qui me présente à des personnes, thérapeutes, docteurs en psychologie et en philosophie. Et chacun devient le tuteur qui me permet de m’épanouir comme je le décide et comme je le choisis. Et si je « fais ce travail aussi jeune », c’est aussi parce que je suis née en 90, que mai 68 est passé avant moi, ainsi que tous les psychiatres et psychologues qui ont fait les découvertes majeures et parfois controversées de la fin du XXe siècle.

Je suis donc arrivée dans le XXIe siècle avec le bagage de mes grands-parents et de mes parents, avec l’accès aux bibliothèques, aux internets qui démarraient la même année, aux thérapies et à tous les outils de psychologie qui se développent sans cesse depuis. Sans tout cela, je n’aurai pas survécu, donc je ne serai pas là pour vous entendre me féliciter d’avancer dans le chemin de la vie.

Alors j’ai plutôt envie de dire : merci à vous tous, vous les générations précédentes de m’avoir permis d’avoir accès aux informations quand j’en ai eu besoin.

Vous avez été les bâtisseurs, les fondateurs de cet espoir.

La nouvelle génération arrive et certains baignent déjà dans le développement personnel dès leur naissance. En même temps que la société évolue et progresse, des personnes choisissent d’utiliser cette richesse pour devenir des monstres. Alors, notre rôle à nous, notre devoir, notre mission, est, je crois, de se développer chacun dans l’amour, la tolérance, la bienveillance, sur des fondations de liberté, de libre-arbitre et de respect de soi-même et des autres. Devenir une armée de personnes qui croient en eux, en la vie, en l’avenir, en ce qui est à venir.

Et tout cela se construit aujourd’hui, dans le présent, ici et maintenant.

 
Chacun est responsable de soi-même et du monde.

Oui je crois que l’humanité est à un tournant, qui se traduit par : se détruire ou se renouveler. Oui je crois qu’il appartient à chacun, quand il en aura envie, et de la manière dont il en aura envie, de se positionner le moment venu.

S’il a envie d’un monde animé par la haine, qui amènera la destruction de notre humanité. Ou s’il a envie d’un monde animé par l’amour, qui amènera le renouvellement de l’humanité.

Nous ne pouvons plus rester dans le flou. Dans l’anesthésie, dans l’endormissement. Réveillons-nous, ensemble nous sommes forts.

Oui je crois qu’il y a dix mille manières possibles de se développer personnellement, et qu’il est important que chacun choisisse librement la façon, et la manière d’arriver à s’aimer et à se réaliser. Trop de personnes malveillantes ont créé des sectes ou se sont servies des religions pour assouvir leur soif de pouvoir et de contrôle, libérons-nous de cela.

Je crois que chacun est différent, important, et précieux pour le monde de demain.

Laissons chacun choisir librement le moment où il souhaite s’éveiller à qui il est, s’il le désire un jour. Personne ne doit contrôler personne, nous devons au contraire travailler sur l’accueil de chacun dans sa différence et dans sa complexité.

Oui je crois que le monde a un à venir.

Si je n’avais pas travaillé sur moi-même, je n’aurai jamais vécu tous les instants merveilleux que je vis depuis quelques années. J’ai découvert qui j’étais. Et je commence à réaliser les choses qui me tiennent vraiment à cœur.

Mais surtout, je n’aurai jamais compris le geste de mon père, la maladresse de ma mère. Et si je ne les avais pas lâché durant deux ans, je n’aurai jamais vu ma famille apprendre à se parler, à se connaître, je n’aurai jamais ris aux blagues de mon père, je n’aurai pas pleuré en lui disant que je l’aimais la semaine dernière.

Parce que j’ai compris comment il fonctionnait, rendant sa chiquenaude caduque, et j’ai pu m’adapter à lui pour créer du lien avec lui, à 25 ans certains disent que c’est tard pour avoir un père. Mais c’est un cadeau car je n’aurai jamais pensé cela possible !

J’ai deviné ce qu’avait vécu ma mère, j’ai pu la comprendre et faire marcher mon empathie. J’ai découvert des frères et des sœurs, et je ris tellement avec eux maintenant.

Je vous parle de ma famille parce que j’ai découvert que la famille est une communauté puissante. Et que tout commence dans ce noyau dur.

Et c’est le dernier message que je voulais partager aujourd’hui. Il y a la famille de sang, et la famille de cœur. Ce qui est important, c’est d’en avoir une qui nous ressemble, et les deux se construisent, et chacun est responsable. L’amour, la paix, le partage et le respect s’apprennent en communauté.

Au besoin, créons la notre, celle qui nous fait du bien. Mais ne restons pas seul. Et vivons